La critique [evene]
par Mathieu Laviolette-Slanka
Emerveillement à notre arrivée à l’Altaïr. Charpentes monumentales, tentures ocre et rouge sombre, statues en construction qui vous observent de leurs visages encore imparfaits : on n’est pas loin de l’ambiance chère à Mnouchkine qui mêle la technique au spectaculaire afin d’immiscer le visiteur au coeur de la création artistique.
Ce soir, il est donc question de Dédale. Architecte en disgrâce auprès du roi de Crète, il se retrouve perdu avec son fils au coeur du labyrinthe, son oeuvre. On pourrait longtemps gloser sur cette savante mise en abîme du travail de l’artiste, mais ici on s’adresse aux yeux plus qu’à l’intellect, même si la mise en scène de Laurent Gachet, qui évoque "la conception repensée de la performance acrobatique", laisse apparaître ça et là des interstices propices au travail de la pensée. Il est quand même bien plus agréable de se laisser porter par les décors véritablement enchanteurs, et une scénographie générale qui laisse rêveur. Des piliers s’abaissent, libérant des artistes-oiseaux, le sol s’ouvre, des filets transparents apparaissent de nulle part, un Minotaure funambule rivalise avec des ombres samouraï descendues d’une voûte mystérieuse... L’ensemble joue - et gagne - la carte de l’ultra-esthétisme, et l’on ne peut que saluer la performance technique de l’équipe qui fait intervenir des spécialistes aussi différents que des vanniers de Salé, des dinandiers de Marrakech, des tisseurs de rafia malgaches et des soyeuses d’Inde. Le dépaysement est total.
C’est donc avec regret que l’on assiste à la très lente mise en place des différents éléments qui constituent chaque scène. Cassant le rythme au point d’en devenir gênant, les manipulations de câbles et autres plateformes créent des instants de vide que l’équipe peine à remplir. Histoire de taille, d’entraînement ? Finalement on garde l’impression d’un grand barouf pour un résultat légèrement frustrant. Gachet verrait-il fondre ses ailes ?
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